Oui, et cela tient à la mécanique du jeu, pas à la bonne volonté du groupe. Sur une enquête comme Huis clos, le volume d’informations à lire, noter et recouper en deux heures est volontairement trop important pour deux ou trois personnes. Une équipe qui laisse travailler ses deux éléments les plus rapides prend du retard mécaniquement. La répartition des tâches n’est donc pas une consigne que l’animateur doit imposer : c’est la seule façon d’avancer.
Pourquoi la question se pose
C’est l’objection la plus fréquente que nous recevons sur les animations de réflexion, et elle est légitime. Sur beaucoup de jeux d’énigmes, il n’y a qu’un problème à résoudre à la fois : les deux participants les plus rapides le résolvent, et les autres regardent. Un organisateur qui a déjà vécu cela a raison de se méfier.
Un client éditeur de logiciels nous l’a formulé exactement comme ça avant sa journée d’intégration : il voulait éviter le scénario classique où deux personnes jouent pendant que le reste du groupe attend.
Ce qui change concrètement
La différence tient à la nature de la charge de travail. Une enquête sur documents ne pose pas une énigme, elle distribue de l’information : des coupures de presse, des annuaires, un plan de ville, puis un nouveau document à chaque suspect interrogé. Personne ne peut tout lire, tout retenir et tout recouper seul dans le temps imparti. Les équipes s’organisent donc d’elles-mêmes, et à peu près toujours de la même manière :
- une personne tient la liste des suspects et de leurs alibis, le poste le plus stratégique ;
- deux ou trois décortiquent les documents reçus et en extraient les noms, lieux et horaires ;
- une ou deux vont chercher les nouveaux indices en interrogeant les suspects ;
- quelqu’un finit presque toujours par reconstruire l’histoire à voix haute pour l’équipe.
Lors de cette journée d’intégration (72 participants répartis en 12 équipes), plusieurs équipes ont spontanément créé leurs propres outils : un tableau des suspects, une colonne « alibi confirmé ». Personne ne le leur avait demandé. Et dans une équipe, une collaboratrice arrivée quelques jours plus tôt est devenue de fait responsable de l’enquête en structurant l’information, ce qui est un bon indicateur : le rôle central n’est pas allé à la personne la plus ancienne ou la plus expérimentée, mais à celle qui a organisé.
Un effet secondaire utile
Parce que l’organisation se fait par nécessité, elle fait tomber des barrières que les exercices de présentation ne font pas tomber. Dans une entreprise d’assurance, 90 personnes issues de deux services fraîchement fusionnés ont été réparties en 15 équipes volontairement mélangées. Au démarrage, certains groupes fonctionnaient encore en deux sous-groupes calqués sur les anciennes organisations. Au bout d’une trentaine de minutes, cette séparation avait disparu : tout le monde travaillait sur le même tableau de suspects. Un problème concret à résoudre ensemble obtient ce qu’un exercice de « faire connaissance » n’obtient pas.
La limite, pour être complet
Tout le monde participe, mais tout le monde participe assis et en lisant. C’est un exercice intellectuel de deux heures : il n’y a pas d’effort physique, pas de déplacement, pas de manipulation. Pour un groupe venu avant tout se dépenser ou faire la fête, l’implication de chacun est réelle mais l’animation n’est pas le bon choix, et nous le disons en amont. Et parce que tout repose sur la lecture de documents, l’animation n’est pas adaptée à des participants malvoyants ou en difficulté de lecture.
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Réponse rédigée par AA Event, agence d’animations événementielles depuis 2009, environ 700 prestations par an à Orléans, Toulouse et Nice.